Apprentissage actif, outils numériques et convivialité

Charte pour un outil numérique convivial

La relation entre apprentissage actif et outils numériques est étroite et il nous a semblé essentiel d'en déterminer les contours, à la fois en tant que ce qui forme, représente, mais également en tant que ce qui définit les limites.

Si nous utilisons le terme d'outil ici, c'est en référence à la définition très large donnée par Yvan ILLICH ("La convivialité, 1973), à savoir : "tout instrument, objet ou institution mis au service d'une intentionnalité ou comme moyen d'une fin".

Les outils numériques se trouvent donc en interaction avec d'autres outils, instruments ou objets (par exemple : un manuel, un tableau) ou institutions (l'institution scolaire, le groupe classe...). Toute action humaine et relation sociale se fait donc par le biais d'outil. Tout apprentissage également.

Pour Y. Illich, les outils ne sont pas neutres et modèlent les rapports sociaux entre les hommes ainsi que le rapport de l'homme au monde.

S'ils ne sont pas neutres, les outils numériques n'en sont pas pour autant intrinsèquement bons ou mauvais. Nous serions tentés de dire que cela dépend des usages que l'on en fait. A vrai dire, cela dépend plutôt du rapport que nous instaurons puis entretenons avec eux, et dont l'enjeu fondamental se traduit en termes d'autonomie ou d'hétéronomie.

Y. ILLICH distingue l'outil industriel, qui asservit, de l'outil convivial. Pour lui, l'outil convivial est "celui qui me laisse la plus grande latitude et le plus grand pouvoir de modifier le monde au gré de mon intention". "L'outil est convivial dans la mesure où chacun peut l'utiliser, sans difficultés, aussi souvent ou aussi rarement qu'il le désire, à des fins qu'il détermine lui-même. L'usage que chacun fait n'empiète pas sur la liberté d'autrui d'en faire autant. Personne n'a besoin d'un diplôme pour avoir le droit de s'en servir ; on peut le prendre ou non. Entre l'homme et le monde, il est conducteur de sens, traducteur d'intentionnalité".

En tant qu'enseignants porteurs d'un projet d'apprentissage actif s'appuyant largement sur les outils numériques, il nous a semblé essentiel de poser les bases de ce que doit être (ou ne pas être) l'outil numérique convivial. Notre responsabilité ici rejoint la nécessité d'accompagner les élèves et étudiants vers le développement d'une littératie numérique et la préoccupation permanente de tout enseignant de stimuler l'esprit critique.

Ainsi, nous avons posé cinq questions clés, considérées comme les problématiques fondamentales de la convivialité numérique. Ces cinq questions n'appellent pas forcément de réponses, mais sont autant de balises qui peuvent éclairer certaines de nos décisions en situation et qui permettent de nous orienter en cas de doute.