Webzine 2017 // 4ᵉ édition

Des équipes d’élèves couvrent la Comédie du livre comme de vrais journalistes. Voici leur production pour l’édition 2017.

Éditorial

Pour la quatrième année consécutive, de jeunes apprentis journalistes ont arpenté les allées de l’esplanade Charles-de-Gaulle, à Montpellier, à l’ombre des blancs pavillons de la Comédie du livre, carnet à souche et appareil photo en main, enfin, téléphone portable en main, devrais-je dire, puisque ces petits appareils numériques servent tour à tour de guide, de blocnote, de dictaphone, d’appareil photographique. Ils auront su saisir, parfois avec une douce ironie, des moments insolites du festival du livre, mais ils auront surtout appris à mener leurs interviews comme de vrais professionnels. En témoignent Yasmina Khadra, ou Sara Rosenberg, dont ils ont rapporté, avec fidélité, la force des propos. C’est, pour quelques-uns d’entre eux, la deuxième expérience, tant est fort le pouvoir d’attraction qu’exerce sur eux la confrontation au réel, temps ou se reconfigure prend sens tout ce qui se passe dans la salle de classe. Car là, rien n’est fictif, ni les écrivains qu’ils ont rencontrés, écoutés, charmés, ni les éditeurs et les libraires désireux de leur faire partager leur passion pour le monde du livre, pour la lecture et pour la culture. Certains envisagent, d’ailleurs, pourquoi pas, une carrière de journaliste…

Mais tout cela n’aurait pu se faire sans la complicité de leur mentor, Gwenaël Cadoret, journaliste indépendant et véritable pédagogue, qui les a embarqués, trois jours durant, dans une folle équipée journalistique, ni sans le soutien bienveillant du musée Fabre, qui a accepté de transformer pour quelques heures son merveilleux centre de documentation en salle de rédaction. Que les enseignants qui les ont accompagnés soient également remerciés. Mais le meilleur hommage que vous rendrez à ces lycéens, c’est de les lire. Maintenant.

Jean-Yves Bouton, IA-IPR de Lettres

Une inauguration à rebondissements

L’inauguration de la 32e Comédie du livre, ce samedi 20 mai devait se dérouler sans vagues, avec des discours, des applaudissements et des petits fours… Il en a été tout autrement…

Le maire de MontpellierUne centaine de personnes se rassemblent face à l’Office de Tourisme. L’inauguration de la 32e Comédie du livre est programmée à 11 heures ce samedi 20 mai. Parmi le public, beaucoup de sexagénaires, des journalistes au premier rang, et des curieux, attirés par la foule.

« Mesdames, Messieurs, bonjour et bienvenue à la 32e édition de la Comédie du livre. » Nicole Liza, élue municipale, donne le coup d’envoi des discours. Plusieurs invités prennent la parole. Peu à peu, les spectateurs s’échangent des regards d’ennui… Le second rang commence à se disperser ; les passants commencent à circuler au milieu du public.

Une jeune femme distribue des tracts sur un livre. Elle ne cesse de souffler, ce qui laisse entrevoir l’aspect répétitif et peu enrichissant de son activité matinale… Le symbole d’une ambiance bien terne ?

Alors que les interlocuteurs lisent leurs textes d’un ton de plus en plus monocorde, le soleil tape sur les spectateurs. Quelques bras se lèvent : on tente de s’abriter à l’aide d’un « bouclier », le programme de la Comédie du livre.

ManifestantsSoudain, alors que de nombreux regards sont distraits par des ballons rouges survolant la place, des manifestants faufilés dans la foule brandissent des banderoles en plein discours du maire, Philippe Saurel : « Non aux renvois des réfugiés », « Migrants bienvenus », « La nature massacrée ». Lorsque l’élu voit les banderoles rouge sang, il répond avec ironie : « Attendez les législatives si vous êtes mécontents ! ». En bousculant la foule, une militante s’est rapprochée de la scène. Un bébé dans les bras, elle affiche une pancarte pour montrer son mécontentement, en silence. Le signe d’une tension de plus en plus pesante : les forces de l’ordre se regroupent discrètement autour des spectateurs. Plus le temps passe, plus les spectateurs sont perturbés par la manifestation improvisée. Le maire, quant à lui, les ignore, continuant à parler de ce « grand évènement culturel », évoque la « liberté » que peut provoquer l’écriture.

C’est à ce moment précis que les militants décident d’utiliser leur liberté d’expression. « Un ticket pour les migrants », scandent-ils, interrompant le discours du maire. Dans le désordre ambiant de cette fin d’inauguration, une militante, emportée par sa fougue, monte sur la scène et remet à Philippe Saurel ses revendications : les manifestants réclament que les migrants bénéficient de tickets de transports gratuits. Le maire revient à son pupitre : « J’ai donné mon accord pour remettre aux réfugiés une carte “Tam Solidaire”, mais c’est une procédure lente… » Mais une dispute éclate entre cette militante et une retraitée, révoltée par « le non-respect » de l’autorité du maire. Face au fracas de cette altercation, le maire intervient pour calmer les tensions. Il en profite pour serrer quelques poignées de main. Le calme est revenu.

Tom Cammal, Virgile Charon, Enzo Vallucci, le 21/05/2017

Top départ de « notre » Comédie du livre

Vendredi 19 mai, en milieu de matinée, l’équipe du Webzine a rencontré Mme Le Pellec Muller, recteur de l’académie de Montpellier. Une rencontre informelle et instructive dans le cadre de la Comédie du livre.

Photo de groupe des reporters avec Mme Le PellecUne rencontre de prestige. Vendredi 19 mai, lors de la journée d’ouverture de la Comédie du livre, Mme Le Pellec Muller, recteur de l’académie de Montpellier, a voulu en savoir plus sur le Webzine. C’est une initiation au journalisme proposée à certains élèves du lycée Jean-François-Champollion de Lattes.

Les élèves, alors quelque peu impressionnés, ont tout de même répondu avec franchise aux questions de Mme le recteur. Celle-ci les a questionnés sur leur travail (qui sera mis en ligne sur le site académique des Lettres). En s’adressant aux élèves ayant déjà eu le privilège de participer à une telle expérience : « Comptez-vous initier les “nouveaux” aux joies du journalisme, et les informer sur le fonctionnement du salon ? », puis à l’ensemble des apprentis journalistes : « Combien d’articles préparez-vous ? », « Avez-vous déjà déterminé vos sujets ? »…

Malgré son emploi du temps surement bien rempli, elle a pris le temps de nous apporter de précieux conseils : prendre le temps d’observer, d’élargir son champ de vision… Ce moment a été le symbole du point de départ de cette aventure.

Tom Cammal, Virgile Charon, Enzo Vallucci, le 19/05/2017

« J’ai transformé l’exil en un long voyage ! »

Sara Rosenberg, ex-militante argentine de 63 ans, a écrit plus d’une dizaine de livres, dont des pièces de théâtre et des romans. Elle évoque sa jeunesse, son passé d’activiste politique, mais aussi la situation actuelle en Amérique Latine…

Sara Rosenberg entourée de ses jeunes reporters— Sara Rosenberg, vous avez été militante politique en Argentine, durant une période très instable pour votre pays (succession de régimes plus ou moins autoritaires)… Comment avez-vous vécu votre jeunesse dans un climat si difficile ?

En Argentine, il y a eu beaucoup de coups d’État provoqués par l’armée. J’ai été élevée dans une ambiance d’instabilité politique. Il y a quand même eu des périodes de démocratie avec des élections [comme Arturo Illia en 1963, NDLR]. Mais en 1966, j’étais au lycée, et on a subi un autre coup d’État fatal. Cela a été très dur pour la jeunesse mais aussi pour toute la population : en effet, le régime a supprimé de nombreux droits tels que ceux de penser, de travailler, de vivre…

— Est-ce que c’est ce qui a forgé votre esprit militant ?

Notre génération est née dans un pays bouleversé, ce qui a façonné notre esprit politique, car nous étions en désaccord. On a commencé à lutter très jeunes, même avant l’université. À cette période, l’Amérique est traversée par de nombreux coups d’État, comme au Chili, en Uruguay, au Paraguay, en Bolivie, au Pérou…

— … Cuba ?

Non ! Cuba, c’était une révolution sociale au cours de laquelle le peuple a pris le pouvoir : c’est une différence fondamentale. De plus, cette révolution, portée par des hommes comme Che Guevara, nous a inspirés, nous Argentins, dans notre lutte pour la liberté, pour une société plus solidaire, une société socialiste… On regardait les évènements de Cuba comme de grandes avancées : elle nous donnait de l’espoir quant à la réalisation d’une révolution en Argentine.

— Est-ce cette sensibilité pour la gauche socialiste, proche du communisme, qui vous a poussée à vous engager ces dernières années pour Podemos ?

(Incompréhension.) Je ne suis engagée dans aucun mouvement politique… Même pas Podemos ! Cependant, je suis l’actualité politique, et en tant que citoyenne espagnole, je m’intéresse beaucoup à cela. Moi, j’ai des idées plus radicales encore… Le communisme a d’ailleurs une connotation péjorative : je le regrette, car c’est une idéologie qui met en avant l’intérêt du peuple. Ainsi, je suis contre le capitalisme : c’est un système qui dessert les gens, qui engendre l’exploitation de nombreuses personnes, et qui accentue les inégalités entre riches et pauvres.

— En tant que femme, vous faire une place dans le militantisme politique n’a pas dû être facile… Vous considérez-vous comme une femme forte ?

Je suis une femme qui a eu de la chance de vivre beaucoup de choses. J’ai lutté pour la vision du monde qui me convenait le mieux. De plus, en tant que militante, j’ai dû quitter le pays, car j’étais poursuivie, et je me suis réfugiée à Montréal, au Mexique, à Cuba, en France… C’était finalement une très belle expérience : j’ai transformé l’exil en un long voyage !

— Vous avez aussi été en prison durant trois ans et demi. Une expérience enrichissante ?

Oui, on apprend à survivre chaque jour avant tout. Elle nous apprend à ne pas oublier la force de l’amitié et de la tendresse.

— Écriviez-vous en cellule ?

Il n’y avait pas de papier mis à disposition, mais nous résistions en écrivant partout où nous pouvions, sur les murs. Mon mari se trouvait aussi en prison à ce moment-là, et mon premier fils est d’ailleurs né en prison. Nous étions tout de même autorisés à envoyer des lettres, mais elles étaient ouvertes et censurées : il fallait donc écrire ce que l’on voulait dire sans le dire… C’est un exercice très intéressant de création. Ainsi, c’est dommage que ces lettres « codées » n’aient pas pu être conservées, car la maison de mes parents a été détruite par les militaires. L’écriture, tout comme la peinture ou la musique, permettent, entre autres, de survivre, car elle nous faisait sortir de la réalité dans laquelle nous vivions, mais aussi d’exprimer nos plus profonds sentiments… La dictature et le fascisme, c’est la mort.

— Justement, il est question dans votre livre Un fil rouge d’une maison dévastée par des explosions… Est-ce votre histoire ?

C’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’explosions dans mon quartier à cette époque-là, pas seulement la maison de mes parents, aussi de plusieurs voisins… C’était une époque vraiment très violente au cours de laquelle les militaires prenaient des otages, persécutaient les familles… On appelle ça le terrorisme d’État qui est un moyen d’opérer très difficile à comprendre pour les gens ne l’ayant pas vécu.

Un fil rouge parle d’une jeune militante argentine dans les années 1970… Un peu comme vous…

Il ne retrace pas vraiment toute ma vie, mais il est constitué de nombreux éléments et anecdotes venant de proches ou d’amis. Ce n’est pas une autobiographie, c’est un mélange de témoignages de différentes personnes. Par exemple, Julia (le personnage du livre) meurt rapidement… Moi pas encore !

— Pensez-vous qu’aujourd’hui, en Argentine, la démocratie est bien installée ?

Quand on dit « démocratie », on peut différencier la démocratie formelle de la « vraie » démocratie. Les dix dernières années, le gouvernement « péroniste » a fait beaucoup de bien, selon moi, à la société argentine au niveau du droit humain. Il a permis l’emprisonnement et le jugement de nombreux militaires (40 %) ayant participé au « génocide » durant toutes ces périodes de dictature. C’est une très bonne chose pour la conscience et la santé populaire. Mais le gouvernement actuel est en train de tout détruire. Alors, une lutte sociale importante est menée en Argentine, pour défendre le droit à une justice pour les Argentins qui ont été persécutés. Les gens sont dans la rue et se sont massivement mobilisés contre ce gouvernement. Une démocratie, c’est magnifique quand les gens ont des droits, sont libres ; or, ici, ce n’est pas le cas.

— Justement, vos livres sont-ils publiés en Argentine ? Cela permettrait d’éveiller des consciences…

C’est toute une histoire… ! En Argentine, ils ont publié un de mes romans d’enfance : L’Île bleue. Un fil rouge est essentiellement publié dans ma région d’origine, à Tucuman, et cela me rend fière. J’espère qu’un jour tous mes livres seront publiés en Argentine… Mais je pense qu’aujourd’hui, mes livres ne plaisent pas à tout le monde…

— Songez-vous à revenir vivre dans votre pays natal, si celui-ci devient une « vraie » démocratie ?

J’y retourne déjà deux ou trois mois par an, car j’aime mon pays. Mais je ne sais vraiment quoi faire parce que j’aime aussi mon pays adoptif, l’Espagne, dans lequel ma fille a été élevée. Mais, il est vrai que je vais souvent en Amérique latine, parce que j’ai besoin de cette région. En fait, même si l’Espagne est ma terre d’adoption, je pense que je suis toujours un peu en exil… Et ce statut-là, en Espagne, me sert beaucoup, car il me permet, surement inconsciemment, d’être plus attentive à ce qu’il se passe, d’analyser plus profondément les situations.

Tom Cammal, Virgile Charon, Enzo Vallucci, le 21/05/2017

Une rencontre bien plus politique que littéraire

Le 20 mai 2017, au centre Rabelais, quatre auteurs grecs (Christos Ikonomou, Rhéa Galanaki, Ersi Sotiropoulos et Pétros Markaris) se retrouvent réunis autour d'une journaliste. L'objectif : analyser ce que peut la littérature face à la crise grecque. Mais la conférence a progressivement évolué vers un meeting politique !

Assemblée de plusieurs personnes« Cette salle n'a jamais été pensée pour un public jeune ! » Une femme plaisante dans la tribune : mieux vaut ne pas être trop grand pour espérer respirer ! Mais au final, parle-t-elle seulement des sièges ? Ce matin, 10h30, une seule personne de moins de 40 ans a pris place !

Est-ce à cause du thème du jour, assez complexe : « Face à la crise, que peut la littérature ? » Quatre auteurs grecs, Pétros Markaris, Christos Ikonomou, Ersi Sotiropoulos et Rhéa Galanaki sont réunis par la journaliste du Point Julie Malaure, pour célébrer, selon elle, « Le triste anniversaire des 7 ans de la crise grecque ».

Dans un premier temps, chacun des auteurs présente son livre. Tous évoquent une démarche littéraire similaire : aborder la crise à travers leurs personnages pour mieux la dénoncer. Le public reste concentré malgré la monotonie et la répétition des interventions ;beaucoup prennent des notes.

Au fil des échanges, les discours commencent à quitter les livres, pour analyser l'impact politique de la crise sur la montée en puissance du parti néo-nazi grec, l'Aube dorée.

Et peu à peu, la rencontre dérive totalement : on ne parle plus du tout de littérature mais seulement de politique ! «L'aube dorée est même représentée au parlement !» s'indigne Rhéa Galanaki. Même la journaliste a fait évoluer ses questions, et se concentre sur le sujet. Pétros Markaris indique que « L'Aube dorée profite du désespoir des gens », osant une comparaison avec le parti nazi de Hitler lors de la Seconde Guerre mondiale. La littérature semble bien loin et oubliée...

Chacun des auteurs continue à prendre la parole. Tous ont basculé dans le discours politique en s'intéressant progressivement au cas de la France. Ainsi, Rhéa Galanaki signale que les élections françaises constituent un grand espoir pour la Grèce ;ils espèrent « un changement des relations européennes » avec l'investiture d'Emmanuel Macron.

On oublie alors le second thème de la conférence : la crise grecque ! Seule la situation politique française compte désormais : « Nous avons été profondément soulagés quand nous avons appris que Mme Le Pen ne serait pas élue », se satisfait Pétros Markaris. La journaliste prend conscience de ce glissement de sujet, et taquine Rhéa Galanaki : « Est-ce que vous aussi, vous avez été macronisés ? »

C'est le moment que choisit Pétros Markaris pour lancer un monologue sur l'Europe et comment sortir la Grèce ainsi que le monde de la crise. Un exercice d'éloquence très apprécié par le public. Les applaudissements sont tels qu'il recommence en version longue ! Les gens sont alors enthousiastes de l'écouter à nouveau. On dirait presque un meeting politique où le candidat fait face à ses partisans, tous d'accord avec ses propositions. Les gens rient quand il rit, s'étonnent quand il s’étonne, applaudissent quand il conclut. Le public paraît prêt à acclamer quiconque aurait un avis politique tranché et un charisme imposant… Au final, on aura totalement oublié la question de départ : que peut faire la littérature face à la crise grecque ?

Léo Baulo-Régior, Martin Chatelain, Elias Smyej, le 21/05/2017

« Je suis un écrivain qui prend des photos »

Christos Chryssopoulos est un écrivain et photographe grec qui ne veut pas seulement parler de la crise. Il cherche un monde où les gens se comprennent. À travers ses livres et ses photos il souhaite se découvrir lui-même, notamment en marchant dans les rues de sa ville, mais aussi s’ouvrir aux autres.

Christos Chryssopoulos— Christos Chryssopoulos, marchez-vous toujours dans les rues d’Athènes le soir, comme vous l’expliquez souvent ?

Je ne le fais plus pour travailler, car actuellement je n’écris pas sur Athènes. Mais oui je marche toujours, j’aime ça. C’est une méthode de travail pour moi, c’est pendant ce moment-là que j’observe. Par contre, je continue à faire de la photographie dans les rues de ma ville. D’ailleurs ce qui est amusant, c’est que je suis en train d’écrire un livre sur Marseille. Je suis resté là-bas pendant deux mois l’été dernier. J’ai habité à plusieurs endroits différents, seul ou avec de la compagnie. Aussi bien dans les quartiers nord, qu’au centre. J’ai écrit un livre sur les gens que j’ai rencontrés. J’ai gardé la même méthode d’observation qu’à Athènes, mais je l’ai déplacée à un autre endroit. Donc je continue à marcher d’une certaine façon.

— Quel est le lien entre vos photos et vos livres ? La plupart de vos photos traitent du sujet d’Athènes, alors que votre dernier livre est sur l’Amérique des années 50.

Il y a un rapport : dans ce livre, un chapitre décrit un album photo, chaque page décrivant une photographie. Donc même s’il n’y a pas de photos dans le livre, l’écriture décrit des photos. J’ai toujours eu une vision photographique du monde dans ma tête. Quand j’ai fait mon livre photo sur Athènes, je voulais capturer des moments particuliers. Je voulais que les personnes qui ouvrent mon livre deviennent spectateurs et non lecteurs. C’est aussi ma démarche : je prends la photo puis la regarde plus tard. Cela me permet d’améliorer ma subjectivité. Je ne veux pas raconter à mes lecteurs ce que je vois, je veux qu’ils soient à ma place, qu’ils observent eux-mêmes.

— Vous vous considérez plus comme un auteur ou un photographe ?

Mes photographies viennent de mon écriture. Donc je dirais que je suis un écrivain qui prend des photos.

— Votre dernier livre La tentation du vide parle-t-il de vous ?

Oui, oui… c’est plus visible car je suis toujours présent dans le livre. Même si dans ce livre le narrateur ne se montre pas, le point de vue de l’écrivain se remarque à travers le style de l’écriture.

— Quels messages voulez vous transmettre à travers vos livres ?

Aucun (rires)

— Vous écrivez juste pour la passion ?

J’écris car j’essaie de comprendre ce que je ressens. C’est une façon de se créer une identité, on essaie de se comprendre soit même puis de se connecter avec les autres. C’est une exploration de soi mais aussi vers les autres. Je ne ressens pas, n’appréhende pas ma littérature comme un message, mais plus comme un sentiment. Mais ce n’est pas que j’ai aucun message, je veux que les gens s’ouvrent, se contextualisent dans le monde et choisissent pour eux même.

— La directrice d’Actes Sud, votre ancienne maison d’édition, est maintenant ministre de la Culture du nouveau gouvernement. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve très bien que quelqu’un qui vient directement du monde de la culture soit à la tête de ce ministère. D’ailleurs c’est une très bonne éditrice mais maintenant elle doit prouver que c’est une très bonne ministre. On verra par la suite ce que je peux en penser sur ce sujet. Mais je pense que cette personne comprendra les problèmes que tous les gens travaillant autour de la culture rencontrent.

— Voulez-vous aussi faire passer un message politique à travers vos livres ?

Mon travail amène à une réflexion sur les questions politiques. On ne fait pas de la politique juste en écrivant sur ce sujet ! Et puis de toute façon, dès que l’on commence à écrire on rentre dans la sphère politique.

Léo Baulo-Regior, Martin Chatelain, Elias Smyej, le 20/05/2017

Yasmina Khadra : « Je ne plaisante pas avec la littérature »

Cette année, la Comédie du livre accueille une grande figure de la littérature mondiale : Yasmina Khadra. Le Webzine a eu la chance de discuter avec lui. Il délivre un message optimiste, mais réaliste, sur le monde qui nous entoure.

Yasmina Khadra entouré de ses jeunes reporters— Yasmina Khadra, si demain, on vous offrait un voyage, quel serait le pays où vous voudriez aller ?

(Il sourit.) Je ne sais pas… Tous les pays me tentent parce que dans chacun, on découvre une nouvelle mentalité et une nouvelle culture. J’adore découvrir, j’aime voyager.

— En quoi le voyage a-t-il un impact sur vos œuvres ?

En réalité, ce sont mes œuvres qui m’ont permis de voyager ! Avant, j’ai passé toute ma vie dans une caserne, je me suis parfois retrouvé enfermé dans des milieux assez inhumains. Je voyage partout grâce à mes œuvres et au fait qu’elles aient été traduites dans le monde entier. En fin de compte, chaque rencontre est un enrichissement.

— Est-ce que l’Algérie, votre pays natal, a une influence particulièrement importante sur votre œuvre ?

Certainement, tous les écrivains ont un regard affectueux et obsessionnel sur leur pays. Nous voulons tous du bien pour notre nation et nous essayons de contribuer à son essor. Il faut donc éveiller un peuple, lui insuffler une dynamique, une énergie, un espoir… Voir, de génération en génération, cette nation grandir et s’émanciper.

— Comment trouvez-vous l’Algérie actuelle ?

En fait, si vous voulez savoir ce qu’il se passe en Algérie, il faut jeter un coup d’œil sur la France. Nous sommes unis par un même sort, pas par un même destin. (Rires.)

— Vous avez été directeur du Centre culturel algérien, mais vous avez perdu ce poste en critiquant le pouvoir en place. Dans la vie, faut-il dire ce que l’on pense, même si cela peut avoir de lourdes conséquences ?

Le malheur de l’humanité commence lorsque l’on n’a plus le courage de dire ce que l’on pense. Le drame qui règne aujourd’hui sur Terre, c’est le fait justement de voir les humains renoncer à leur libre arbitre. Aujourd’hui, les médias nous montrent ce qu’il nous faut condamner ou soutenir. Il est temps de retrouver notre libre arbitre. Il faut dire ce que l’on pense.

— Vous avez déjà envisagé de vous présenter aux élections présidentielles en Algérie. Si vous en aviez l’occasion, réitèreriez-vous cette démarche ?

Non, non ! Je ne me suis pas présenté pour être élu président ! C’est trop facile d’écrire et de condamner derrière un bureau. Il me fallait aller sur le terrain de la contestation, regarder un régime droit dans les yeux et lui dire « Laisse cette jeunesse construire par elle-même son avenir ». Je n’aimerais pas avoir entre les mains le sort d’une nation. Je n’en ai ni la compétence ni le désir. Toute ma vocation réside dans la vénération du verbe.

— Vous avez eu une première carrière militaire. La guerre est-elle inévitable ? Y a-t-il d’autres moyens pour obtenir la paix ?

La guerre prouve que l’humanité n’a pas encore accédé à la maturité. Nous sommes quand même assez intelligents pour éviter des drames dévastateurs et des tueries à grande échelle. Pourtant, nous tombons dans ce piège parce que nous refusons de grandir. Or, il n’y a rien de plus précieux que la vie : tant que l’on n’aura pas compris cela, on fera d’autres guerres au nom de gens qui ne nous aiment pas.

— De quel ouvrage êtes-vous le plus fier ?

Peut-être, Les Anges meurent de nos blessures… Mais je suis aussi fier de tous les autres livres. J’essaye d’être à la hauteur de l’attente de mon lectorat. Je ne plaisante pas avec la littérature.

— Certains de vos livres ont été adaptés au cinéma. Qu’en pensez-vous ?

C’est un honneur : quelqu’un s’approprie, essaye d’élargir au maximum l’audience de vos livres… Mais cette adaptation comporte aussi des risques. Le livre que l’on a écrit passe par le filtre de quelqu’un d’autre. Notre ouvrage devient sa propriété. Quelque part, nous sommes dépossédés de nos écrits. Je considère le réalisateur comme un artiste et je le respecte.

— Quelquefois, il se peut qu’un film dénature l’œuvre…

Il y a des films que je n’ai pas aimés du tout, mais je respecte le travail effectué. Seuls les réalisateurs russes sont capables d’adapter fidèlement une œuvre ! J’ai vu de grands chefs-d’œuvre russes comme Pouchkine, adaptés par des réalisateurs russes, et j’avais le sentiment de lire le livre. C’est rare !

Léna Civade, Alice Wintergerst, Clara Grouzis, le 20/05/2017

Édition : après le succès d’Indignez-vous !, que devient l’éditeur Indigène ?

Indigène Éditions a connu un succès phénoménal avec Indignez-vous !. Le Webzine s’est intéressé de plus près à cette petite maison d’édition crée en 1996 par Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou. L’objectif : comprendre ce qui a changé après ce best-seller.

Sylvie CrossmanIndigène, ce n’est pas qu’Indignez-vous !. La petite maison a été fondée en 1996 par Sylvie Crossman et son compagnon, Jean-Pierre Barou, alors journalistes. « Tout part d’un voyage en Australie, précise la fondatrice. Nous sommes partis à la rencontre d’habitants primitifs (aborigènes entre autres). » Durant leur périple, ils prennent de nombreuses photos qu’ils réuniront afin d’en faire une exposition. « Ces peuples sont des sociétés qui avaient au fond choisi un autre type de progrès que le nôtre : un progrès fondé sur le développement de l’esprit », note Sylvie Crossman.

À travers leurs photos, ils dénoncent « des peuples victimes d’un génocide culturel ». En 1990, ils exposent leurs photos au musée Fabre à Montpellier : L’Été australien.

En 1996, ils décident donc d’ouvrir une maison d’édition pour financer et continuer leur aventure.

Au début, ils publient leurs propres livres, ainsi que d’autres textes consacrés principalement aux cultures, arts et savoirs des nations premières : Indiens d’Amérique, Inuits, Aborigènes d’Australie. « C’est pour ça qu’on s’est appelés Indigène », sourit Sylvie Crossman. Lors de la publication de leurs premiers livres « il y a tout de suite eu une curiosité, même si ce n’est pas non plus un sujet très grand public ».

Les premiers livres sont vendus entre 1 000 et 1 200 exemplaires, auprès d’un public curieux et voyageur. Sylvie et Jean-Pierre se versent « un salaire modeste, proche du SMIC », et travaillent avec un imprimeur à Barcelone.

Ils travaillent dans leur propre maison, dans la bibliothèque. « On n’avait pas la folie des grandeurs ! »

Ils cherchent des auteurs à publier selon leurs idées, « sans penser à l’aspect financier ».

Un jour, ils publient un livre de Stéphane Hessel, militant, écrivain et résistant français d’origine allemande. Ce manifeste, Indignez-vous !, parait dans la collection « Ceux qui marchent contre le vent ». Hessel y encourage les générations montantes à conserver un pouvoir d’indignation : « La pire des attitudes est l’indifférence ». Sylvie et Jean-Pierre ont choisi de le publier sans imaginer un tel succès. Indigène Éditions avait prévu 8 000 exemplaires. Cependant, les ventes de ce petit livre de 32 pages, vendu 3 euros, explosent : il s’écoulera à plus de 4 millions d’exemplaires dans le monde, notamment en France et en Espagne. Mais Sylvie Crossman semble presque gênée par ce succès, et préfère ne pas s’étendre sur le sujet.

Dès lors, la maison d’édition prend une autre ampleur ! Elle n’a plus à aller vers les auteurs : les propositions affluent. Leurs locaux sont dorénavant remplis de manuscrits, idées de livres, manifestes, ou chroniques à éditer.

Justement, ce matin, Claude Deglon, originaire de la région, cherche un éditeur. Il se dirige vers le stand d’Indigène et propose un livre scientifique. Jean-Pierre Barou s’intéresse à lui pendant une bonne dizaine de minutes. Ils devraient se recontacter bientôt.

Claude Deglon est chercheur, mais se définit plutôt comme « un aventurier ». Il a écrit une dizaine de livres, mais n’a visiblement jamais été publié. À ses yeux, cette maison d’édition correspondrait au public qu’il veut atteindre. De plus, le succès d’Indigène Éditions représente « une motivation supplémentaire ».

Ce n’est pas pour autant que Sylvie Crossman a augmenté la production de nouveaux livres. Elle gère le succès avec la tête froide, en toute modestie. Évoque aussi un risque : « Certaines maisons d’édition qui connaissent une explosion de ventes, comme par exemple un prix Nobel de littérature, augmentent d’un coup le nombre d’éditions mais finissent par sombrer… ».

Sylvie et Jean-Pierre ne sont pas devenus millionnaires. Ils peuvent néanmoins aujourd’hui se verser un salaire aux alentours de 2 000 euros mensuels et peuvent assurer la pérennité de leur entreprise.

Cet argent a aussi pu leur permettre de mener de nouveaux projets comme la rencontre entre le Dalaïlama et Stéphane Hessel. Une conversation retranscrite dans un livre de 46 pages, Déclarons la paix ! Pour un progrès de l’esprit, paru en 2012. Ils peuvent également se permettre de prendre plus de temps pour écrire et rencontrer les gens comme ce weekend à la Comédie du livre : « C’est très agréable ! », assure Sylvie Crossman.

Est-ce que tout le monde vient les voir pour Indignez-vous ! ? Sylvie Crossman acquiesce en partie : au-delà du manifeste d’Hessel, les lecteurs s’intéressent à tout ce qu’ils font, notamment leurs propres livres.

L’avenir est encore un peu flou : la reprise de la maison d’édition ne sera pas assurée par leurs enfants, mais ils ne sont pas contre la proposition d’un jeune qui serait passionné par leurs idées. En même temps, Sylvie prévient : « Aujourd’hui, c’est très compliqué de se lancer dans une maison d’édition ; c’est un risque à prendre et il faut y dédier sa vie. »

En 2017, ils continueront d’éditer. Le phénomène éditorial est passé, mais a tout de même permis d’augmenter considérablement leurs ventes moyennes : chaque parution est maintenant diffusée à environ 10 000 exemplaires. Pas mal pour une petite maison, qui a commencé difficilement mais avec passion et « un investissement quotidien ».

Elias Smyej, Léo Baulo-Régior, Martin Chatelain, le 21/05/2017

« Écrire, c’est dire ce qui n’est pas dit »

Dimitris Dimitriadis, poète dramaturge grec, expose au Webzine sa vision du monde, sa source d’inspiration et son jugement quant au grand public.

Dimitris Dimitriadis— Quelle est la vision de la vie que vous avez tirée de votre expérience en tant qu’écrivain ?

Dans mes pièces en général, je me concentre seulement sur ma vision du monde qui est globalement tragique. Je me centre toujours sur l’être humain en tant que mortel, c’est son ultime destinée qui le limite dans le temps quels que soient ses actes. Ce thème se répercute tant dans mes lectures que dans mes écrits.

Écrire me permet d’outrepasser l’idée des entraves de l’Homme, c’est un mouvement qui essaye de dire ce qui n’est pas dit. Pourtant, je me considère malgré tout comme optimiste, car je m’émerveille tous les jours du spectacle de la vie, et de la beauté humaine. Je me vois comme un humaniste, non pas dans le sens des Lumières, mais dans un nouveau mode de pensée qui n’exclut rien ; je ne suis pas dans une idée de bien et de mal, mais plutôt de point de vue.

— Comment vous est venu l’attrait pour les thèmes de la mythologie et de la dramaturgie en général ?

Vous savez, je suis un auteur solitaire, l’intérêt du public pour mes textes n’est venu que depuis quelques années. Avant, j’écrivais pour moi-même comme un besoin intérieur et instinctif, je ne dépendais de personne et on n’attendait rien de moi. Donc, mon choix pour ces types de textes est essentiellement lié à mes propres préoccupations ; il était tout naturel pour moi que j’oriente mon travail sur la tragédie. Parce que je suis aussi traducteur et je nourrissais depuis plusieurs années l’envie d’écrire des pièces par moi-même. Je voulais, comme dans ma création Dévastation, comprendre ce qui n’était pas dit, en faisant intervenir des personnages mythologiques dans notre société contemporaine.

— Comment pourriez vous expliquer votre succès théâtral en France par rapport au peu de reconnaissance que vous avez obtenue en Grèce ?

Vous touchez ici à un problème social, qui est beaucoup plus vaste que mon cas personnel. L’intérêt qui a été suscité pour mes pièces par des institutions françaises telles que l’Odéon est lié à un niveau de recherche qui n’existe pas encore en Grèce. La grande majorité de ce qui se passe sur le plan théâtral dans mon pays ne correspond pas du tout à ce que j’écris moi-même. Il a fallu un certain nombre d’années pour que le public grec, grâce à des gens plutôt jeunes, commence à porter de l’intérêt à ce que j’écrivais. D’ailleurs, cette année, trois de mes pièces sont montées à Athènes et on en joue maintenant une au Théâtre national.

— Justement, est-ce que vous pensez qu’il y a encore un public pour la dramaturgie et plus particulièrement chez les jeunes ?

Là, je serais un petit peu réticent à répondre parce que le public s’intéresse majoritairement aux bestsellers, à des œuvres qui paraissent plus accessibles. On est plus enclin à s’intéresser à la télévision qu’à l’art dramatique. Ma vision concernant l’évolution du grand public est assez pessimiste.

Émeline Delhay, Rubén Tournier-Broer, le 19/05/2017

Les plus incroyables anecdotes sur l’espace et l’Antarctique

Deux auteurs passionnés, deux ouvrages sur des voyages dans des lieux exotiques tels que l’Antarctique ou la Station Spatiale Internationale. Voilà une recette qui paraissait terriblement efficace. Mais le public n’était pas nombreux. Tant pis pour lui : il y avait beaucoup à découvrir.

Banquise en AntarctiqueVoyager dans des milieux extrêmes… Voilà une promesse audacieuse et attrayante proposée par la conférence « L’aventure scientifique et la conquête des mondes ». Pour l’animer, deux écrivains : Christine Montalbetti, auteure du roman La vie est faite de toutes petites choses, dans lequel elle raconte le dernier vol de la navette Atlantis, et Cédric Gras, dont le récit intitulé La Mer des cosmonautes traite de son périple à bord d’un brise-glace russe pendant près de trois mois. Mais l’auditorium, pour cette conférence, sonne creux : à peine une vingtaine de personnes présentes pour une salle de 150 ! Les premiers échanges sont hésitants, mais les écrivains se détendent peu à peu et commencent à raconter des anecdotes à la fois surprenantes et amusantes. Celles-ci ont ponctué leurs interventions en attisant notre intérêt. Le débat devient une sorte de compétition d’anecdotes où les auteurs cherchent à faire connaitre les détails les plus amusants qu’ils ont appris ou même vécus…

La Station spatiale internationaleVoici les plus étonnantes 

— Le réveil des astronautes : « L’équipe au sol prépare, avec les familles des astronautes, des musiques pour les réveiller chaque matin » comme des sortes de dédicaces privées.

— Les insectes dans l’espace : il y avait dans la navette Atlantis des astronautes, mais pas que ; en effet des mouches étaient aussi présentes à bord ainsi que deux araignées. Les astronautes « leur avaient donné des noms, la première s’appelait Gladys et l’autre Esméralda ».

— L’ile cimetière : « Toutes les personnes mortes durant les voyages en Antarctique sont enterrées sur la même ile. On y retrouve donc de multiples signes religieux, et même quelques étoiles rouges ! »

— Un voyage difficile ? : Cédric Gras casse le mythe du voyage extrême en Antarctique en racontant qu’il se comportait comme un grand adolescent « qui se lève à 11 heures et se couche à minuit ». Il n’a même pas eu à affronter les caprices du temps : ce voyage était pour lui une occasion de faire des grasses matinées et de « rester enfermé dans la bibliothèque du navire ».

— La notion des distances : lorsque Cédric Gras est en Antarctique, les êtres humains les plus proches de lui « n’étaient pas sur terre, mais dans la Station spatiale internationale ».

Pour le coup, la promesse de nous faire voyager a été entièrement respectée ! Enfin un bon moyen d’intéresser les gens aux sciences.

Émeline Delhay, Rubén Tournier-Broer, le 21/05/2017

Tous les éditeurs sont-ils riches ?

En se promenant dans les allées de la 32e Comédie du livre, on peut facilement être interloqué par les contrastes entre les deux « mondes » de ce salon : les « petites » et les « grandes » maisons d’éditions. Le Webzine a donc enquêté sur les différences majeures entre éditeurs…

Les reporters avec l’ancien pilote Christian RogerLa culture peut-elle engendrer des inégalités ? La Comédie du livre semble le symboliser. Taille des stands, communication, moyens engagés, nombre d’auteurs invités… Tout semble indiquer que tous les éditeurs ne jouent pas dans la même cour !

Ainsi, il est saisissant de se rendre compte que les maisons d’édition considérées comme « petites » se trouvent toutes regroupées dans un seul hall, où elles sont « les unes sur les autres, avec seulement 2 m² pour s’installer », regrette Robert Taurines, le gérant des Éditions du Mont.

Ceci est sans doute dû au manque de moyens de ces maisons : leur pouvoir de communication est beaucoup moins important. Elles n’ont pas la possibilité d’accéder au « microcosme parisien » qui centralise les médias les plus écoutés, selon Robert Taurines.

Un exemple de l’impact de la communication : la maison d’édition Salto, spécialisée dans le sport, a réussi à obtenir récemment une préface du journaliste sportif de France 2, Nelson Monfort. Cependant, ce livre, Du sport à la plume n’a pas eu le succès espéré…

De plus, l’accessibilité aux différents salons du livre, qui élargit grandement la visibilité d’une maison d’édition, est limitée pour les « petites » maisons d’édition, car le droit d’accès est excessif : « environ 800 euros à Paris, et même 2 500 euros le stand pour un weekend de salon de Genève », glisse un éditeur. À contrario, la présence à Montpellier est gratuite !

Aussi, cette différence de moyens se traduit dans le financement du déplacement et de l’hébergement des écrivains : on observe une grande différence entre les auteurs des grandes maisons et les petits éditeurs. D’un côté, Marielle Macé, éditée par la maison Gallimard, est rémunérée pour venir présenter ses livres à la Comédie du livre, et son hôtel ainsi que son train (car elle réside à Paris) sont pris en charge. De l’autre, Christian Roger, dernier leadeur de la patrouille de France encore vivant, qui a publié son livre Piloter ses rêves grâce à la maison d’édition 7écrit, est contraint de payer ses trajets en voiture et l’hôtel ! L’éditeur ne s’est occupé que de la réservation du stand…

D’un point de vue économique, la différence majeure réside dans la prise de risque : alors qu’une « petite » maison d’édition, comme les Éditions du Mont, ne publie que dix livres par an, sans être jamais assurée que les œuvres de ses écrivains deviennent des bestsellers, les grandes maisons d’édition, telles que Gallimard ou Flammarion, peuvent facilement compenser un échec, grâce aux autres succès et donc aux revenus conséquents que génèrent les poids lourds, tels que Marc Levy ou Guillaume Musso. Cependant, un écrivain qui a le privilège d’être soutenu par un éditeur connu ne gagne pas forcément plus qu’un auteur publié par un éditeur moins connu : tous reçoivent des droits d’auteurs souvent à hauteur de 10 % du prix de vente, ce qui ne permet pas à tous les écrivains de vivre de leur passion…

Les fondateurs des Éditions du MontMême publiée chez Gallimard, Marielle Macé, auteur de Styles notamment, est en parallèle professeure d’université. Mais pour elle, l’important n’est pas de s’enrichir : elle considère que voir son livre publié est déjà « un honneur ». À l’opposé, Anne Bourrel, auteur de romans, de poèmes et de textes scéniques, se dit « révoltée » par ces droits d’auteur : « c’est l’écrivain qui est à la base du travail, et il n’est que très peu récompensé ». Passionnée d’écriture, elle souhaiterait s’y consacrer pleinement : « Tout ce qui m’oblige à travailler en dehors de l’écriture est comme une agression de la société ! »

Les rapports de l’éditeur aux « tapuscrits » (manuscrits « tapés » au clavier) sont aussi très différents. Une maison d’édition reconnue aura tendance, selon Marielle Macé, à effectuer une moyenne de quatre « épreuves » ou « navettes » (échanges de relectures entre le comité de lecture et l’écrivain), et à confier le tapuscrit à plusieurs relecteurs : celui-ci sera donc forcément modifié… Tandis qu’un éditeur moins développé ne confiera le tapuscrit qu’à un seul relecteur, qui n’effectuera souvent qu’une navette : ainsi, la vision de départ de l’écrivain sera moins transformée.

De plus, les petites maisons d’édition ont un public ciblé, souvent régional, comme c’est le cas des Éditions du Mont, qui se concentrent sur les lecteurs d’Occitanie (entre Toulouse et Montpellier). Actes Sud, en revanche, a la possibilité de faire diffuser ses livres dans toutes les librairies.

Enfin, cette enquête a permis de remettre en question un cliché de longue date que Robert Taurines relève : « dans la croyance populaire, les éditeurs sont riches »… Du côté des petits, on prend beaucoup de risques par amour pour l’écriture pour finalement des résultats modestes…

Tom Cammal, Virgile Charon, Enzo Vallucci, le 21/05/2017

« Ce qui m’intéresse, c’est la question des manipulations »

L’écrivaine Marion Poirson-Dechonne vient de publier Ma fille, ne t’en va pas, roman évoquant la réaction d’une mère au départ de sa fille pour le djihad. Elle aborde ce sujet sensible pour le Webzine.

Marion Poirson-Dechonne— Marion Poirson-Dechonne, vous avez publié dix ouvrages en huit ans. Êtes-vous hyperactive ?

(Elle sourit.) Non pas du tout ! Certains de mes livres avaient été écrits bien avant, comme mes ouvrages de cinéma sur lesquels j’ai travaillé pendant parfois près de douze ans. Par contre, mes œuvres de jeunesse peuvent être écrites en une semaine ou deux mois !

— Il existe déjà un grand nombre d’ouvrages sur ce thème large qu’est le djihadisme. Y a-t-il un évènement particulier qui vous a poussé à écrire sur le sujet ?

C’est une très longue histoire en réalité ! En Angleterre, j’ai assisté à un attentat terroriste qui a touché la Chambre des communes. Plus tard, en Italie, j’ai vu les Brigades rouges en action. Mais jamais je ne m’étais vraiment posé de questions concernant le terrorisme, je ne cherchais pas à comprendre. À l’époque de mes classes préparatoires, j’avais réalisé un exposé sur l’idée de croisades et la notion de guerre sainte souvent archaïque. Mais honnêtement, j’ai commencé à me sentir réellement concernée par le terrorisme quand les premiers attentats ont commencé en France en 2015. C’est donc un cheminement de pensée presque inconscient qui m’a conduit à l’écriture de mon ouvrage.

— Ce livre a-t-il vocation à guérir ou prévenir la radicalisation ?

Ni l’un ni l’autre. Peut-être que certains jeunes se rendraient compte en le lisant à quel point ils peuvent ravager leur vie et leur existence en faisant ce choix. L’angle choisi parle essentiellement du personnage de la mère, qui m’a paru le plus riche, car personne ne l’avait abordé de cette manière. Je me suis appuyée sur les récits de femmes marocaines et en particulier sur l’une d’entre elles que j’ai rencontrée. J’ai essayé de lui rendre une sorte d’hommage en reprenant certains aspects de son histoire. Dans mon œuvre, on retrouve cet aspect de la mère dépassée qui se rattache au mince fil d’espoir de revoir un jour sa fille saine et sauve, l’espoir aussi qu’elle retrouve la raison.

— Faut-il systématiquement aborder ces questions de radicalisation dans les familles ?

Je pense que le dialogue est préférable. On n’est jamais à l’abri de la radicalisation : même en mettant les enfants en garde, ils pourront quand même finir manipulés. La vulnérabilité à l’adolescence est un facteur clé que savent utiliser les recruteurs. Ils trouvent le point faible de chacun, celui qui poussera la personne à partir.

Émeline Delhay, Rubén Tournier-Broer, le 20/05/2017

Invités surprises, fantômes : ces auteurs pas comme les autres !

Chaises vides, livres abandonnés sans leurs auteurs, écrivains sans stands… La Comédie du livre n’échappe pas aux surprises de dernière minute : les désistements et invités tardifs. Le Webzine a enquêté sur ces sièges vides qui jonchent les stands alors que des places sont créées pour des auteurs que l’on n’attendait pas.

Un stand presque videÀ la Comédie du livre, il y a des livres… et des auteurs. Normalement, leur liste est annoncée à l’avance, et un programme de dédicaces a été distribué. Mais en déambulant dans les allées du salon, on peut rapidement constater deux phénomènes.

Des chaises qui restent désespérément vides, face aux lecteurs : les auteurs « fantômes ». Et des chaises rajoutées à la dernière minute pour des écrivains prêts à dédicacer leurs livres, alors qu’ils ne sont pas prévus au programme : les « pirates ».

Pour les seconds, rien de choquant. Cela fera plaisir aux lecteurs de croiser un écrivain qu’ils n’attendaient pas ! Mais comme personne n’était au courant, certains se retrouvent recalés dans le coin d’une table, sans aucun écriteau les présentant, avec une simple pile de livres à dédicacer, mais personne pour leur parler. Pour autant, certains « pirates » sont bien reçus : ils sont amenés sur le devant de la scène, avec parfois des affiches et un grand espace dédié. De quoi réussir à vendre leurs livres comme des petits pains alors que personne n’avait connaissance de leur présence !

Comment expliquer leur visite impromptue ? Libraires et maisons d’édition expliquent qu’ils rajoutent des auteurs au dernier moment. Selon une professionnelle, « cela crée quelques soucis d’organisation. »

Ces auteurs inespérés deviennent donc des « hors-la-loi », ayant une place, même si l’organisation ne les reconnait pas et que leurs noms n’apparaissent nulle part. La plupart d’entre eux vivent dans la région, ce qui facilite les visites inopinées.

Exemple de cette situation : une journaliste présentée sur le site comme intervenante, et non comme auteure. Pourtant, au détour des stands, la voilà en pleine séance de dédicaces de son livre ! Et en fouillant le programme des dédicaces… son nom apparait. Maladresse ou malentendu ? Il semble logique qu’il y ait de petits imprévus dans une organisation pharaonique.

Mais alors, si des auteurs peuvent être présents alors qu’ils ne devraient pas, le cas inverse est-il possible ? Y a-t-il des personnes qui ne sont pas à leur poste alors qu’elles auraient dû y être ?

Notre enquête est formelle : à la Comédie du livre, il y a des fantômes ! Nos déambulations nous ont permis d’identifier des écrivains qui n’ont jamais rejoint leur stand. Et cela, sans parler de ceux, venus uniquement le vendredi, mais dont on laissera la place vide, et les piles de livres, devant la pancarte de leur nom.

« C’est dommage » témoigne une maman avec son fils. « On peut acheter des livres n’importe où, mais l’intérêt de ce salon, c’est de rencontrer les auteurs. » La déception des lecteurs peut être entendue. D’autant que le nombre de sièges vides à chaque passage semble assez important. Pourtant, d’après l’organisation de la Comédie du livre « aucun des auteurs prévus ne s’est désisté au dernier moment ».

Mais même pour ceux qui ont fait le déplacement, tout le monde n’a pas la même notion de la ponctualité ! On a pu voir à de nombreuses reprises des écrivains arriver en retard, de quelques minutes, d’une heure. D’autres ne respectent même pas le planning, et se présentent à l’heure de leur choix.

Pourquoi ne retire-t-on pas alors les ouvrages des absents ? Les maisons d’édition assurent que « ces livres sont laissés sur place car ils se vendent ». Donc vendre des livres serait plus important que les rencontres avec les auteurs ? C’est la question que posent ces lignes de chaises vides… En fonction des heures, on peut avoir l’impression de se retrouver dans une « librairie en plein air » plus que dans un évènement culturel !

Mais pour les lecteurs, on préfèrera forcément les pirates aux fantômes : mieux vaut une bonne surprise pour le public, qu’une attente interminable !

Émeline Delhay, Rubén Tournier-Broer, le 21/05/2017

La Comédie du livre : ça rapporte ?

Pendant cette 32e Comédie du livre, le Webzine s’est demandé ce que rapportait l’évènement. Surprise : les motivations des libraires et auteurs ne sont pas forcément économiques. Loin de là…

Public à la comédie du livreAlors, économiquement, ça rapporte la Comédie du livre ? Comme chaque année, les plus grandes librairies de Montpellier sont présentes pour l’évènement. Mais est-ce un bon calcul économique ? Les stands sur lesquels ils exposent ne leur coutent rien. Restent tout de même à leur charge les frais de déplacements des auteurs régionaux, l’achat et le retour des livres et bien sûr les heures supplémentaires des employés !

 

La librairie Gibert Joseph affirme qu’ils prennent « des risques » : commander puis renvoyer les livres non vendus coute de l’argent. D’autant qu’un auteur peut ne rien vendre du weekend. Selon nos différentes sources, tout dépend « des conférences qu’il tient », « de sa renommée », « du public qu’il vise »… Et le succès semble difficile à prévoir. De nombreux facteurs sont à prendre en compte.

 

Un exemple : « les auteurs illustrateurs vendent beaucoup plus facilement que les autres », estime un libraire. Avoir un petit dessin en dédicace est sans doute plus attrayant qu’un simple « Pour Yvonne » !

 

Pour Gaston, dessinateur exposant ses carnets de voyage avec passion, « tout dépend de l’album. Quelques-uns de mes livres rapportent, les autres non. » Plus que des lecteurs qui viennent lui demander des autographes, il attire les voyageurs en manque de voyage, attirés par les couvertures ! Comme les années précédentes, il espère vendre une centaine de livres. C’est un succès que peu d’auteurs présents atteindront ! Sachant qu’un écrivain touche entre 8 et 10 % du prix de vente de ses ouvrages, avec son « succès », Gaston ne gagnera qu’une centaine d’euros en trois jours ! Beaucoup de dédicaces pour si peu…

 

En comptant une moyenne d’un an d’écriture par ouvrage : « c’est suicidaire de faire un truc comme ça quand t’as besoin d’argent… » nous confie Fane, lui aussi auteur-illustrateur.

 

Toutes les librairies interrogées sont pessimistes quant aux recettes de weekend. Tabou ou absence de certitude ? Aucune n’a été en mesure de nous donner de chiffres exacts. Mais on se doute que les résultats ne sont pas transcendants : il faut prendre en compte les frais, le peu de vente… « et les vols ». Chez Gibert Joseph c’est tout vu : « Avec la Comédie du livre, on ne gagne pas d’argent ! ».

 

Mais alors, pourquoi venir ? Quand la question leur est posée, les exposants suggèrent que c’est indispensable ! Mais en réalité, ils viennent à cette grande fête du livre pour… leur image ! Se faire connaitre, échanger avec les lecteurs : « Il faut montrer que la librairie existe, témoigne-t-on du côté de Gibert Joseph. Certaines personnes ne nous connaissent toujours pas ! » Avec l’essor d’internet, et notamment d’Amazon, les librairies s’estiment mises de côté. La Comédie du livre est donc l’occasion rêvée pour se faire connaitre par un nouveau public. Et pour les employés, c’est aussi l’opportunité de rencontrer à la fois les lecteurs et les auteurs. « C’est une véritable expérience personnelle », s’enthousiasme une vendeuse de Sauramps Polymômes !

 

Et pour les artistes, aussi, la raison de leur présence est plus sociale qu’économique. Même si elle n’a vendu que quatre livres dans la matinée de samedi (la grosse journée du salon), Cécile Chomin se dit « très heureuse de rencontrer les lecteurs du coin ». « Les auteurs prennent du temps pour chaque lecteur », confirment les libraires. Gaston y voit également une bonne raison de « sortir un peu de la grotte » où les auteurs s’enferment souvent pour écrire ! Contrairement à certains de ses amis qui sont ravis de se retrouver, Fane n’aime pas trop ces moments car « ça bouffe beaucoup d’énergie » ! Connu pour avoir repris la série à succès Joe Bar Team, il croule sous les demandes de dédicaces. « Je le vis très mal ! » Mais cette année, il se prête plus facilement au jeu, car il défend un projet plus personnel. Son nouvel album Streamliner, dont il est très fier : « Il est sorti de ma tronche ! »

 

Défendre ses projets, rencontrer ses lecteurs, même si au final, on ne gagne pas grand-chose. N’est-ce pas ça, au final, l’esprit de La Comédie du livre ?

Léna Civade, Alice Wintergerst, Clara Grouzis, le 21/05/2017

Lorsque nos grands-parents retournent à l’école !

Vendredi 19 mai, à l’occasion de la Comédie du livre, Paulin Ismard, historien et maitre de conférence (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) a étonnamment transformé l’auditorium du musée Fabre en salle de classe !

Façade du musée FabreAujourd’hui, la classe du 3e âge a droit à un cours de civilisation grecque ! Paulin Ismard, historien et maitre de conférence en histoire grecque à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, intervient. Le thème, issu de son livre, « La Démocratie contre les experts », va captiver la (pas très jeune) assemblée de l’auditorium du musée Fabre, ce vendredi 19 mai.

Bernard Travier, vice-président de Montpellier Méditerranée Métropole, présente l’invité du jour. Puis il pose immédiatement le décor en interpellant un homme au téléphone : « Jean-Jacques, tu veux pas lui taper sur la tête ! ». Puis, à une femme qui ne sait pas où s’assoir : « Vas-y Maryline, prends ma place ! » ! Un ton tranquille, des cheveux blancs, des prénoms d’un autre temps… Lors de cette conférence, les lycéens du Webzine étaient les intrus !

Le ton monocorde du professeur semble convenir à tous. Même Bernard Travier commence à se laisser bercer, installé bien confortablement dans son (beau) fauteuil (rouge).

Surprise : la conférence n’a pas de rapport avec la politique actuelle, contrairement à ce que laissait imaginer son titre : « La Démocratie contre les experts »… il s’agit plutôt d’un cours d’histoire antique ! Ce qui explique peut-être la mer de cheveux blancs qui s’offre à nos yeux. Enfin, un océan : la salle est pleine à craquer !

M. Ismard explique le rôle des esclaves publics. Sous la démocratie athénienne, ils assumaient des fonctions plus complexes que certains citoyens. Mais « pourquoi confier des travaux experts à des esclaves ? », s’interroge-t-il. L’historien tente de répondre à sa propre question en exposant sa thèse que l’audience semble connaitre par cœur. Certains d’entre eux paraissent être retournés pour de bon sur les bancs scolaires et s’amusent à susurrer la fin des phrases du maitre. Quand bien même ils ne sont pas sûrs de leurs réponses, ils restent attentifs, bouches bées, opinant du chef à chaque remarque de l’enseignant. Seul signe de dissipation : de petits rires forcés… Mais soudain, les hauts parleurs grésillent ! Les élèves commencent à chahuter… Attention aux punitions ! Imperturbable, le maitre continue son cours comme si de rien n’était.

On lui chuchote : « Il est 17h… », le professeur doit s’interrompre. Et oui, l’école est finie !

Léna Civade, Alice Wintergerst, Clara Grouzis, le 21/05/2017