L'écoute comparée

Si l'épreuve facultative de musique du Baccalauréat général et technologique prévoit  la réalisation par le candidat d'un  « commentaire comparé visant à souligner les différences et ressemblances des langages musicaux utilisés », c'est que par souci de cohérence « verticale », cette épreuve se donne les moyens d'évaluer, entre autres, les effets de la formation  obligatoire en éducation musicale. En effet si « l'écoute comparée »  stricto sensu est absente des programmes de collège et de lycée, le rapprochement entre des œuvres de référence  et des œuvres satellites, leurs éclairages par des thématiques, participent bien de la même logique.

 

Proposition de méthodologie

De la lecture des textes à la préparation de nos élèves   

 Des programmes de collège à la préparation du baccalauréat, les pratiques d’écoute s’appuient sur la mise en relation des pièces musicales, la comparaison de leurs caractéristiques et leur inscription dans des thématiques ou problématiques qu’elles illustrent et qui les dépassent largement. Cette approche vise à permettre aux élèves de s’approprier des clefs d’écoute qui, abstraites du contexte d’une œuvre et comprises dans leurs caractéristiques techniques, seront ensuite mobilisables pour comprendre, voire analyser l’apparent mystère des musiques qu’ils rencontrent. Étude d’œuvres de référence éclairées de plusieurs écoutes périphériques encouragée par les programmes, épreuve d’écoute comparée au baccalauréat, option facultative toutes séries, le texte ci-dessous, à l’occasion de la préparation du baccalauréat, pose les fondements didactiques et pédagogiques de cette nouvelle approche.   

Textes en référence de l’épreuve du baccalauréat   

Bulletin officiel n° 5 du 02 février 2012 : « Deux brefs extraits d’œuvres musicales, dont l’un est obligatoirement issu d’une des œuvres du programme limitatif publié au Bulletin officiel du ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, sont écoutés successivement, au maximum à trois reprises). Guidé par les questions du jury, le candidat en réalise le commentaire comparé visant à souligner les différences et ressemblances des musiques entendues (caractéristiques, expressions, références, etc). Certaines questions posées peuvent éventuellement s’appuyer sur un document (bref texte ou bref extrait de la partition notamment) communiqué au candidat durant son interrogation et lui permettant d’enrichir sa réponse.  

La fiche de synthèse permet d’élargir l’entretien à d’autres œuvres connues du candidat.  

Le jury évalue les compétences perceptives du candidat et sa connaissance des problématiques étudiées dans le cadre du programme. Il apprécie également ses capacités à utiliser à bon escient ses connaissances et compétences musicales (vocales et/ou instrumentales) pour resituer les extraits entendus dans l’histoire générale de la musique ».  

Explications complémentaires proposées sur le site national :  

« Le candidat aura à démontrer une connaissance circonstanciée des notions liées à une des thématiques du programme de terminale. En relation avec les programmes de terminale, les sujets proposés mettront en évidence dès l’audition initiale les axes de comparaison livrés aux commentaires des candidats. Ceux-ci seront clairement identifiables dès la première écoute. A partir de la fiche de synthèse présentée par le candidat -et donc des thématiques qu’il a manifestement traitées-, le jury proposera les axes de comparaison les plus adéquats… »  

 I - L’analyse des textes  

 Pourquoi l’écoute comparée ?   

 A/ L’intérêt intrinsèque de l’activité

L’activité d’écoute centrée sur un seul objet développe les qualités d’analyse, affine la perception des divers langages musicaux et de leurs composantes essentielles : espace, temps, couleur et forme.   

Quelles dimensions supplémentaires offre l’écoute comparée ?   

Cette activité permet en outre d’améliorer l’esprit de synthèse puisqu’il s’agit de classifier afin de mettre en parallèle les deux œuvres , mais aussi d’établir des postulats de ressemblances, de différences…Dans un premier temps, les paramètres purement musicaux des deux œuvres sont mis en perspective. Puis, l’exercice de la comparaison peut amener à une critique intelligente appuyée sur des connaissances pluriculturelles.   

Paul Claudel : « Du cœur d’une nation à celui d’une autre, en dépit des différences de langues et de traditions, une route peut être trouvée… »  

Les progrès des moyens de diffusion au XXe siècle ont élargi les champs culturels: la musique des Caraïbes -salsa, reggae…- est devenue plus familière à nos oreilles que la sardane ou la bourrée pourtant plus proches géographiquement.  

Les programmes de l’Éducation nationale se sont ouverts à cette diversité des cultures. Le commentaire musical aujourd’hui doit donc encore davantage s’intéresser à inscrire l’œuvre dans un contexte : l’objet sonore prend alors sa signification et sa dimension esthétique.  

Les références culturelles permettent d’établir entre les deux œuvres étudiées des divergences, des ressemblances, des correspondances. Le « comparatisme » (mot emprunté à la littérature comparée) doit ainsi conduire à une problématisation : cela peut être une réflexion sur l’acte créateur à partir de l’œuvre de Machuel, l’observation de la virtuosité instrumentale aussi bien chez l’interprète des Pink Floyd ou de Corelli. Lors de chaque écoute comparée menée en classe, tel ou tel thème sera souligné. Parfois, l’accent pourra être mis la finesse de l’écoute, ciblée alors sur la réalité sonore et sa perception : type d’écriture, organisation rythmique, recherche sur le timbre … D’autres fois, l’exercice pourra être l’occasion de réfléchir collectivement sur des phénomènes musicaux touchant à la sociologie, à la philosophie, à l’esthétique…   

Donc, comparer devrait permettre de confronter, rapprocher, mettre en parallèle… mais aussi d’observer et de découvrir des domaines culturels variés et originaux.   

B/ L’intérêt dans une logique d’évaluation au baccalauréat

L’interrogation orale permet d’évaluer les connaissances du candidat sur un extrait d’œuvre du programme limitatif étudié en classe, et d’observer le sérieux de sa préparation à l’épreuve.   

Dans le même temps, le commentaire comparé montre aussi la capacité de l’élève à réinvestir les compétences et les savoirs acquis, lors de l’écoute d’une œuvre nouvelle. Ses connaissances l’aident alors à caractériser les deux œuvres puis à mettre en évidence leurs convergences et divergences.   

Les questions des examinateurs pourront le guider vers une analyse argumentée et pertinente, reflet d’une sensibilité artistique, d’une culture personnelle et d’une réelle compréhension des phénomènes musicaux, au terme de son cursus musical au lycée.   

Cf. B.O. : «    Le jury évalue les compétences perceptives du candidat et sa connaissance des problématiques étudiées dans le cadre du programme   ».   

La fiche de synthèse :  

Cf. B.O. : « Une fiche de synthèse, remplie par le candidat et dont un modèle est joint en annexe 4, présente au jury les réalisations et études qui constituent le corpus du candidat élaboré tout au long de l’année scolaire.  

Y figurent notamment les pratiques musicales qui ont été conduites durant l’année scolaire ainsi que les orientations ayant présidé à l’étude des problématiques du programme.   

Ce document, dont la présentation au jury est obligatoire, n’est pas évalué mais permet au jury d’enrichir le questionnement du candidat durant les deux moments de l’épreuve ».  

 II. La préparation à l’épreuve d’écoute comparée   

 A/ La didactique

Les œuvres mises en parallèle peuvent conduire à divers types de questionnements et faire réagir au départ de quelques éléments évidents de ressemblance. Toute œuvre choisie dans un objectif de comparaison doit permettre dans le même temps de démontrer des caractéristiques communes aux deux extraits et aussi des différences fondamentales.  

La seconde écoute peut aussi être l’occasion de réviser (ou de découvrir) des notions stylistiques, des structures, des genres musicaux… étudiés en seconde et en première.  

Liste non exhaustive d’éléments musicaux à observer :   

  •  les effectifs : voix, instruments, nouvelles technologies…  
  •  les jeux d’opposition : solo/tutti, style concertant, spatialisation/pointillisme…  
  •  le traitement vocal ou instrumental : émission, jeux de timbre, virtuosité, effets...   
  •  le traitement rythmique : pulsation, carrures, accents, ruptures…   
  •  l’organisation du discours musical : retour d’éléments thématiques, ostinato, continuité/ruptures…   
  •  les relations texte/musique : syllabisme/mélismes ; sens/non-sens ; figuralisme…   
  •  l’écriture musicale : horizontalité/verticalité, échelles tonales/modales, atonalité…   

Sans oublier de s’interroger éventuellement sur :   

  •  la démarche créatrice du compositeur   
  •  l’œuvre et son interprétation : tradition orale/écrite, improvisation…   

Le professeur pourra envisager dans la préparation de chaque commentaire comparé de souligner une ou plusieurs des problématiques du programme de Terminale.   

En terminale, l’élève devient capable d’approfondir la dimension esthétique et réflexive de son approche de l’œuvre musicale. Il est invité au questionnement par les problématiques suivantes (Cf. B.O. n° 14 du 05 avril 2012).  

- L’œuvre et son organisation   

- L’œuvre et ses pratiques   

- L’œuvre et l’histoire   

- L’œuvre, la musique et les autres arts  

 B/ La pédagogie

La mémoire auditive doit être exercée à chaque séance, l’épreuve au baccalauréat impliquant de recueillir les informations, de les classer, de les trier, de les hiérarchiser... en un temps très bref, et de les restituer verbalement en un discours pertinent et organisé !   

La prise de notes durant les trois écoutes (maximum) paraît nécessaire ; aussi, dans un souci d’efficacité, une préparation méthodologique durant l’année scolaire pourra certainement améliorer les compétences des élèves.   

Un tableau permet de classer les idées en mettant en évidence visuellement ressemblances et différences.   

Les notions de couleur, temps, espace, forme, sont représentées dans ce document par un vocabulaire technique et limité. A partir du modèle proposé, chaque élève concevra dans le courant de l’année une fiche avec sa propre terminologie. Rappelons que lors de l’épreuve, le candidat ne dispose pas d’un temps de préparation et son analyse doit prendre forme le plus vite possible. Le but poursuivi est donc d’être rapide, efficace et synthétique.   

Ressemblances / différences :   

Après l’identification des éléments sonores, il s’agit ensuite d’observer d’éventuelles ressemblances et différences, des liens d’analogie, des parentés stylistiques, de confirmer ou d’infirmer des hypothèses : l’exercice pur de comparaison.   

 Synthèse :

 Il importe dans une dernière étape d’inciter les élèves à utiliser leur culture pour tirer des conclusions signifiantes. L’élève devrait ainsi argumenter, rechercher les éléments les plus caractéristiques afin de souligner l’intérêt de la comparaison et de dégager une ou plusieurs dominantes. La synthèse peut décrire une époque et ses thèmes de prédilection, une sphère géographique artistique, un style musical, une fonction essentielle de la musique: rite, danse…, le jeu instrumental…   

 Quelques observations complémentaires :   

1/ Le commentaire argumenté prendra d’autant plus de conviction si l’élève exprime sa sensibilité, son propre jugement : comparer implique d’apprécier, de refuser, de préférer, d’aimer ou de détester… puisque deux objets sont mis en regard. Ce droit à l’expression est vital : il correspond à l’éveil de l’intelligence critique. Mais le jugement, pour ne pas paraître péremptoire et être convaincant, devra toujours appuyer sur des exemples choisis et pertinents, des démonstrations et des explications qui justifient cette opinion.   

2/ L’état d’esprit à développer avant tout est celui de la curiosité, de l’ouverture, de l’envie de découvrir des univers musicaux différents.   

3/ Lors de l’épreuve, l’accent sera certainement mis sur l’œuvre étudiée durant l’année et la description de ses caractéristiques musicales essentielles. Il faut garder en tête que l’exercice de commentaire d’une œuvre inconnue est difficile, et que le candidat ne pourra décrire le nouvel extrait que « dans ses grandes lignes ».  

N.B. Des élèves interrogés après quelques cours sur ce que signifie « écoute comparée » ont répondu :   

- rapprocher, confronter   

- se faire une opinion à partir des connaissances   

- tirer des conclusions sur le sens de la musique.  

 III. Le jour de l’épreuve   

Le candidat dispose d’une feuille de brouillon pendant la diffusion des extraits sonores. Dès l’arrêt de celle-ci, la prise de notes étant terminée,   l’oral commence.  

INTRODUCTION  

- Présenter rapidement le plan de l’exposé en énonçant les axes qui seront privilégiés lors de l’exposé  

- Identifier rapidement le passage de l’œuvre connue, issue du programme proposé par le jury, et décrire brièvement l’œuvre n°2. 

COMMENTAIRE

La comparaison des œuvres commence à travers les axes d’étude choisis par le candidat pour leur pertinence eu égard aux extraits: forme, langage, harmonie, style, timbre, formation vocale ou instrumentale, temps, etc. Le candidat passe alternativement d’une œuvre à l’autre en suivant les axes d’étude choisis et annoncés.  

  Exemple : "En ce qui concerne le timbre, les deux œuvres paraissent en montrer un traitement tout à fait original : la première par un traitement "hors norme" des instruments à cordes (notes très aigues, voire stridentes), la deuxième par un jeu constant en pizzicati, qui n’est pas sans rappeler le jeu de la guitare...".  

- Éviter toute énumération biographique fastidieuse(souvent hors-sujet…)  

- Citer des éléments repérés à l’écoute et ne pas partira priori sur l’œuvre en général   

- Montrer ce que l’on a entendu avec précision.  

CONCLUSION GÉNÉRALE  

  1. Présenter une conclusion rapide : récapituler brièvement,  
  2. Suggérer un compositeur, une époque, un style… (pour l'œuvre inconnue),  
  3. Proposer et analyser les raisons hypothétiques qui ont poussé à rapprocher les 2 œuvres.

 

   

 Œuvre 1  

 Œuvre 2  

   

 Caractéristiques propres  

 Ressemblances / Différences entre les 2 extraits  

 Caractéristiques propres  

 COULEUR  

 Formation vocale et/ou instrumentale, dispositifs particuliers (ex : musique mixte), modes, tonalité/atonalité…  

     

 Modes de jeux (con legno…), virtuosité…  

     

 TEMPS  

       

 ESPACE  

 Échelles, tonalité ; mélodie/thème ; plans sonores en présence…  

     

 FORME  

       

 TEXTE-MUSIQUE  

 Syllabique, mélismatique,  

 Intelligibilité du texte  

 Symbolisme  

     

 REPÈRES CULTURELS  

 Contexte: époque, pays, style, fonction sociale.  

     
           

Document élaboré par Anne Blayac-Buono, professeure au lycée Jean Monnet à Montpellier (Anne.Blayac-Buono@ac-montpellier.fr) et Jean-Marc Sanchez, professeur au collège Révolution et au lycée Philippe Lamour à Nîmes (jean-marc.sanchez9@ac-montpellier.fr).  

Le commentaire comparé : Une fiche "martyre"

Nous proposons ci-dessous une fiche choisie parmi les milliers de la base.

A partir de cette fiche, un commentaire "martyre" est donné, prêt à recevoir vos corrections, vos propositions alternatives, vos collectes réalisées en classe et dans différents niveaux, etc.

Nous espérons qu'à l'aide de vos contributions, s'élargira le champ des pistes de commentaires comparés possibles à partir de deux mêmes œuvres.

Adressez-nous vos propositions : coda@ac-montpellier.fr

Litanies de Jehan Alain / Kyrié de la Messe de Maurice Ohana

  

Fiche d'écoute comparée (fiche n°995)

Écoute 1

(Oeuvre du programme limitatif)

Titre, auteur, et précisions temporelles sur l’extrait sélectionné (minutage, repérage dans la partition…)

Écoute 2

(Oeuvre proposée par l'examinateur)

Titre, auteur, et précisions temporelles sur l’extrait sélectionné (minutage, repérage dans la partition…

 Litanies n°1 de Jehan Alain  Kyrié de la Messe de Maurice Ohana

Problématiques:(En rapport avec les programmes)

  •  L'oeuvre et son contexte
  • L'oeuvre et son interprétation

Éléments musicaux pertinents

Extrait 1

Convergences

Extrait 2

Points remarquables
non convergents

(En référence aux paramètres : couleur, temps, espace, forme…)

Musique sacrée
Couleur
• Emprunt au chant grégorien
Espace :
• Amplification progressive
Forme :
• Répétitions allant vers l’exaltation incantatoire
• Motifs répétitifs qui se déforment

Points remarquables
non convergents

(En référence aux paramètres : couleur, temps, espace, forme…)

Prière véhémente et obsessionnelle
Couleur :
• Orgue seul
• Nuance globalement mf à ff avec passages plus méditatifs, p.
• Langage modal
• Alternance legato / marcato
Temps :
• Pulsation irrégulière
• Accélération
Espace :
• Elargissement progressif de l’ambitus et du registre
• Alternance de passages à l’unisson et passages renforcés de contre-chants ou d’accords
denses.
Purement méditatif et psalmodique
Couleur :
• 2 solistes vocaux (soprano et mezzo)
• Choeur
• Percussions
• Langage hors de la tonalité
• Micro intervalles et échelles non tempérées
• Quelques emprunts au « cante-jondo »
Temps :
• Non strié, très libre
Espace :
• Une voix principale parfois relayée par le mezzo, ou ponctuée par les percussions et le choeur
• Frottements, rencontres dissonantes 

  

Un essai de commentaire

Litanies de Jehan Alain / Kyrié de la Messe de Maurice Ohana

Cette pièce de Jehan Alain, organiste français de la première moitié du XXe siècle, par ses répétitions et son caractère évoluant jusqu’à un paroxysme de tension sonore et de virtuosité, évoque une prière véhémente, obsessionnelle et frénétique, comme il est dit en autographe sur la partition :

« Quand l’âme chrétienne ne trouve plus de mots nouveaux dans la détresse pour implorer la miséricorde de Dieu, elle répète sans cesse la même invocation avec une foi véhémente. La raison atteint sa limite. Seule la foi poursuit son ascension. »

La deuxième pièce, une prière elle aussi, que l’on reconnaît aux mots « Kyrie eleison, Christe eleison », a un caractère psalmodique et purement méditatif, même si certains moments plus affirmés viennent s’intercaler dans un discours globalement calme et assez détendu.

La couleur des Litanies de Jehan Alain est due à l’orgue jouant seul dans une nuance allant de mf à ff, et une régistration par accumulations et accouplements successifs jusqu’à un paroxysme sonore final.

Dans les deux pièces, on trouve une subtile coloration du discours par des phrases mélodiques modales, et les confrontations entre la mélodie et l’harmonie. Le kyrie fait appel à un éventail plus diversifié de couleurs ; on reconnaît quelques tournures mélodiques propres au cante-jondo, l’utilisation de micro-intervalles et d’échelles non tempérées, par un, puis deux solistes vocaux –soprano et mezzo- et un chœur par moments. Cette richesse de la palette sonore contribue à situer l’œuvre dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Le temps se déroule de manière bien différente dans les deux œuvres : Très libre et pratiquement non strié dans la deuxième, bien plus affirmé dans la première, mais avec une pulsation irrégulière et des accélérations dans la première. L’invocation et la prière se montre donc beaucoup plus insistante dans les Litanies.

L’espace subit dans les deux œuvres un étirement, une amplification par paliers, alternant des moments à l’unisson ou a capella et des moments plus denses, plus larges et à l’harmonie plus riche. Pour ce qui est de la forme, les deux œuvres sont conduites par les mêmes répétitions déformantes allant vers l’exaltation incantatoire, l’ivresse d’une imploration répétée jusqu’à la transe.

En résumé, les deux œuvres sont des prières qui recherchent une élévation, une ivresse, véhémente, pressante et brutale dans l’une, plus intimiste et extatique dans l’autre, mais toutes deux au service d’une foi exaltée et sans limite.