Le colloque du MIM sur les UST

Du 7 au 9 décembre 2005, à la cité de la musique de Marseille, s’est tenu un colloque intitulé les UST : théories et applications. Ce colloque se proposait de faire le point de la recherche sur ces Unités Sémiotiques Temporelles, « objets sonores clairement identifiés », au nombre de 19 et de rendre compte de l’extrême diversité des champs possibles de leur application.

L’Éducation nationale soutient cette recherche, ayant déjà « reconnu d’intérêt pédagogique » le Cédérom du MIM paru en 2002. Les responsables et acteurs de l’éducation musicale sont en effet conscients de la pertinence de la démarche, ces « nouvelles clés pour l’écoute constituant un enjeu majeur pour une éducation de l’oreille s’adressant à l’ensemble d’une classe d’âge », comme l’a souligné Vincent Maestracci, IGEN lors du colloque.

Denis Waleckx, IA-IPR et deux professeurs d’Éducation musicale (Lorène De Lestable et Christian Sempéré) de l’Académie de Montpellier ont assisté au colloque. Utilisant les UST depuis deux ans au sein des cercles d’étude, ils ont pu ainsi confronter leurs recherches, leurs questionnements, leurs approches aux réflexions des divers intervenants. Rendez-vous est pris pour que, durant l’année scolaire 2006-2007, les échanges puissent se poursuivre lors d’une séance de travail autour d’œuvres analysées conjointement.

Les UST, un regard sur le colloque de décembre 2005

Lorène de Lestable, professeur au collège Elsa Triolet de Beaucaire

Les UST, outil d’analyse musicale …

Les UST correspondent à diverses figures de base qui, depuis près de quinze ans, sont proposées par le MIM (Laboratoire Musique et Informatique de Marseille) pour l’analyse du phénomène sonore. Les UST sont des segments musicaux caractérisés à la fois par leur forme et par leur sens. Temporelles parce que la musique est l’art de mettre en œuvre le temps et que l’écoute, la mémorisation, la création, l’interprétation musicales posent constamment le problème de l’échelle pertinente pour « découper » ce temps. Allant au delà d’une simple description typo morphologique des sons et de l’écoute réduite que proposait Pierre Schaeffer dans son TOM (Traité des objets musicaux), les chercheurs-créateurs du MIM ont travaillé sur la mobilité des éléments, et le mouvement comme objet temporel : les UST permettent ainsi la représentation du temps et de l’espace dans l’œuvre.

Le colloque du 7 décembre 2005 à Marseille a montré que le champ d’application des UST ne se limitait pas à l’objet musical, mais pouvait s’étendre à de nombreux domaines tels que la littérature, l’étude de la communication, la psychologie cognitive, les recherches menées autour du design sonore des produits audiovisuels et multimédias, l’expression corporelle, les arts plastiques…

D’autre part, bien que destinées d’abord au répertoire contemporain pour lequel le vocabulaire traditionnel est parfois inapproprié, les UST se sont vues appliquées à un répertoire musical bien plus vaste, avec un certain succès.

Les UST, nouvelles clés pour l’écoute … 

« Tout comme le nouveau-né n’a pas d’armes pour comprendre ce qui l’entoure - ce qui peut être extrêmement violent- », explique Martine Timsit-Berthier, neuropsychophysiologiste, « les élèves face aux œuvres - électroacoustiques notamment- ont besoin de poser des jalons par rapport au temps et à l’espace. Les UST permettent de trouver un chemin dans le labyrinthe qu’est l’œuvre musicale, d’accéder au sens ».

Alors que la musique fait appel aux nouvelles technologies, comme « désincarnée », cet outil d’analyse permet ainsi de prendre en compte la perception immédiate des élèves, intuitive et subjective, pour arriver de façon cohérente, accessible et sans condition de niveau, à l’appropriation de musiques complexes.

Les UST, une recherche en cours ….

Cependant les UST doivent avant tout être un outil pour accéder à l’œuvre, et non une fin en soi. Les nombreuses recherches encore en cours montrent que cette conception de l’analyse tend à l’universalité, mais qu’en pratique, la réflexion n’est pas à son terme, et qu’il est intéressant de faire participer nos élèves à cette recherche, qui met en avant leur personnalité et qui correspond à l’approche globale et sensible pratiquée dans les classes lors de la première confrontation avec les œuvres.

La catégorisation des UST semble nécessaire, ne serait-ce que pour les hiérarchiser, les mettre en perspective les unes par rapport aux autres et, ainsi, faciliter l’analyse ; mais aucune catégorisation n’est totalement satisfaisante et dépend du point de vue de l’analyse. Il s’agit peut-être plutôt de trouver le moyen le plus adéquat de s’approprier ces différentes UST, afin d’en faire un outil pertinent en rapport avec les besoins d’aujourd’hui dans les classes.

Les UST, un usage qui tend à se diversifier …

Des expériences ont été menées concernant la composition à partir des UST : Hop-là est une œuvre catalogue où l’enchaînement des UST, l’articulation de celles-ci ont été étudiés. Bien évidemment, et comme le précisait Lucie Prod’homme elle-même compositrice, les UST sont des outils à transgresser, à oublier pour atteindre l’œuvre d’art.

Dans le cadre de l’improvisation, les UST sont un réel atout pédagogique, au delà d’un solfège souvent inhibiteur.

De même, de nouvelles pistes s’ouvrent au niveau de l’interprétation, puisque le geste musical pourra être mis en rapport avec l’unité jouée.

C’est ainsi que, partant des UST, la musique se pratique et se vit : de nombreux exercices, jeux, permettront d’éclairer l’analyse, l’interprétation et la création ainsi désacralisée, dans un but pédagogique.

Depuis 1977 les textes des programmes d’éducation musicale nous incitent à intégrer le répertoire actuel, à apprendre à écouter (sentir d’abord, comprendre et expliquer ensuite) : c’est tout l’enjeu des UST en intégrant signification musicale et temporalité, c’est à dire en partant d’une réalité sensible chez les élèves, pour qu’ils s’approprient les problématiques fondamentales de l’analyse.

N.B. Un CD Rom « les Unités Sémiotiques Temporelles, Nouvelles clés pour ’écoute » ainsi que le livre + CD « les Unités Sémiotiques Temporelles, Éléments nouveaux d’analyse musicale » sont disponibles sur le site du MIM.