Pour un usage raisonnable et raisonné des UST

Par Denis Waleckx , IA-IPR d’éducation musicale de l'académie de Montpellier

  • Mettre des mots sur la musique, pour rendre compte de sa réalité sonore, pour pouvoir mieux écouter, pour pouvoir mieux comprendre …
  • Mettre des mots sur la musique pour prescrire cette réalité sonore, lui donner naissance, l’ajuster …
  • Mettre des mots sur la musique, une  nécessité pour tous ceux qui la rencontrent, compositeurs, interprètes, professeurs, auditeurs, élèves, une nécessité pour tous.

On répond d’ailleurs à cette nécessité de manière diversifiée mais universelle : du professeur d’analyse éclairant une symphonie de Beethoven, au lycéen évoquant son concert rock de la veille, en passant par le compositeur expliquant son œuvre et par l’élève de 6ème disant « ça bouge un peu » à l’écoute du Lux aeterna de Ligeti, chacun met des mots renvoyant peu ou prou à une description du sonore …

Quels mots, pour quelle réalité sonore ?

Dans le cadre de L’ école et d’une éducation généralisée à tous les élèves au « savoir écouter », ces mots doivent être suffisamment partagés pour être compris de tous, les termes doivent être suffisamment génériques pour s’inscrire dans une approche globale et sensible de la musique posée par les programmes, et suffisamment précis pour rendre crédible une typologie des objets sonores et accompagner les « zooms analytiques » préconisés par les mêmes programmes. Là se situe l’intérêt de la démarche du MIM et celui des noms des différentes UST, noms qui obéissent d’ailleurs inégalement à ce cahier des charges contraint : Chute, Trajectoire inexorable, Contracté-étendu, Élan , Étirement , En flottement, Sans direction par divergence d’information, Lourdeur, Freinage, Obsessionnel, Qui avance, Qui tourne, Qui veut démarrer, Sans direction par excès d’information, Suspension interrogation, En suspension, Par vagues, Stationnaire, Sur l’erre.

Rappels sur les UST et leur usage

Les UST proposent une description morphologique des éléments sonores mais aussi une description sémantique ; ce sont donc des unités de forme et de sens, sorte d’objets sémiotiques. Le couple forme / sens est intéressant, ne niant pas le pouvoir évocateur de la musique mais tentant d’expliquer les mécanisme de ce pouvoir, en proposant également une description morphologique « objective » des événements sonores. Ces allers-retours entre description morphologique globale et description sémantique constituent un des intérêts majeurs des UST, permettant de passer d’une écoute réduite préconisée par Schaeffer à une écoute signifiante « conscientisée ».

Le découpage en UST pose le problème de l’échelle de segmentation de la musique. Ainsi, si une œuvre peut être un seul objet sonore, a priori, la durée des UST est plutôt de 5 à 10 secondes pour celles délimitées dans le temps, celles non délimitées dans le temps pouvant potentiellement durer éternellement.

On peut se référer aux UST pour l’analyse, mais aussi pour l’interprétation et pour la composition musicale.

Les Limites des UST

Les recherches sur les UST sont en cours, certaines questions essentielles n’étant pas encore réellement tranchées. Ainsi, comme elles proposent un vocabulaire temporel de base constitué de segments musicaux possédant une signification temporelle même hors contexte, elles s’écartent a priori d’autres niveaux de signification liés au contexte (suspense, flash-back) qui relèveraient d’une syntaxe compositionnelle, parfois essentielle en musique. Dès lors, et pour ne prendre qu’un seul exemple, comment rendre compte avec les UST de la langue beethovénienne, où l’aspect syntaxique –on le sait- est primordial ? Et pourtant, comme rien n’est simple, force est de constater que lorsque l’on évoque Beethoven, tout connaisseur va immédiatement convoquer un ensemble de formules caractéristiques du langage du compositeur, formules qui semblent bien s’apparenter à des UST.

Ainsi, on peut réaffirmer ici qu’il n’y a aucune nécessité à analyser in extenso une œuvre avec des UST, même si certaines se prêtent volontiers à ce jeu. De manière plus générale, pour la composition comme pour l’analyse, s’enfermer dans une technique s’avère vite réducteur et asséchant. La distance reste nécessaire et tout nouveau solfège montrerait vite ses limites.

Faire participer nos élèves à cette recherche en cours :

Il n’empêche que l’intérêt est grand pour les professeurs et les élèves de s’inscrire dans cette recherche en cours, tant il est vrai que c’est la démarche qui est passionnante, que c’est l’esprit qui préside aux UST, davantage encore que leurs lettres qui est pédagogiquement enrichissant. Connaître les 19 UST n’est donc absolument pas d’actualité pour nos élèves, mais, en revanche, pour le professeur, savoir ce qui a présidé à l’établissement de cette typologie lui permettra de mieux réagir à une première formulation approximative de ses élèves. De même, choisir le bon outil d’analyse en fonction de l’œuvre écoutée, et savoir à quel moment convoquer les UST participe également déjà de l’esprit d’analyse.

Rappelons les atouts des UST dans le domaine de la pédagogie de la musique :

  • Les UST permettent d’aborder des œuvres pour lesquelles le vocabulaire traditionnel est inapproprié ou limité.
  • Elles offrent la possibilité de mieux gérer les profils différenciés des élèves et d’aborder les œuvres non par leur aspect technique mais par leurs résultantes sonores.
  • En utilisant les UST, les élèves s’approprient les problématiques fondamentales de l’analyse (la segmentation du sonore, la relativité de ce découpage, le point de vue d’analyse, les traits pertinents en fonction de ces points de vue, la musique comme signe, l’analyse par l’œil ou par l’oreille ?)

N.B. Un CD Rom « les Unités Sémiotiques Temporelles, Nouvelles clés pour ’écoute » ainsi que le livre + CD « les Unités Sémiotiques Temporelles, Éléments nouveaux d’analyse musicale » sont disponibles sur le site du MIM .